Retour à l'accueil Un rapport révèle 40 ans de dérives sectaires chez les Bénédictines de Montmartre Monde

Un rapport révèle 40 ans de dérives sectaires chez les Bénédictines de Montmartre

Publié le 16 janvier 2026 160 vues

Un rapport accablant de 142 pages publié mercredi révèle que les religieuses des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris ont subi quatre décennies d'abus psychologiques et physiques systématiques sous la férule de leur mère supérieure. La commission indépendante, présidée par l'ancien haut fonctionnaire Hervé Giaume, a documenté près de 1 500 faits d'abus incluant des gavages allant jusqu'aux vomissements, une surveillance constante, des humiliations et ce que les enquêteurs décrivent comme un environnement de type sectaire avec un contrôle total.

Mère Marie-Agnès, qui a dirigé la congrégation de 1969 jusqu'à peu avant sa mort en 2016, avait établi ce que le rapport qualifie de système d'emprise psychologique marqué par une structure de type pervers narcissique. L'enquête, qui a interrogé 86 sœurs actuelles et 28 anciennes membres, a révélé que la mère supérieure et ses acolytes espionnaient systématiquement les religieuses, encourageaient la délation entre elles et utilisaient le chantage comme outil de contrôle dans tous les prieurés et sanctuaires.

Les maltraitances physiques documentées dans le rapport incluent des repas forcés et déséquilibrés, certaines sœurs étant gavées jusqu'aux vomissements. La commission a également mis au jour des preuves de ce qu'elle qualifie de soumission médicamenteuse, où des médicaments étaient administrés aux plus récalcitrantes. Les sœurs étaient coupées de leurs familles, soumises à une surveillance constante incluant l'écoute des parloirs et la lecture du courrier personnel, et contraintes à une suractivité destinée à empêcher toute prise de recul.

La manipulation psychologique imprégnait la vie quotidienne de la communauté, le rapport détaillant une infantilisation systématique, une culpabilisation, des humiliations et une dévalorisation des religieuses. La mère supérieure repérait les zones de vulnérabilité chez chaque sœur et exploitait ces faiblesses par un harcèlement et une manipulation ciblés. Fait notable, l'enquête n'a trouvé aucune preuve d'abus sexuels, distinguant cette affaire d'autres scandales récents impliquant des ordres religieux français.

La congrégation, liée à l'emblématique basilique du Sacré-Cœur où l'on peut entendre chanter certaines sœurs, a publiquement demandé pardon et s'est engagée à mettre en œuvre les 58 recommandations du rapport. Depuis la fin du régime abusif, une quarantaine de sœurs ont quitté l'ordre, laissant aujourd'hui 86 religieuses dans neuf prieurés. Les autorités ecclésiastiques ont noté que si la communauté a commencé à se rétablir et retrouvé un fonctionnement normal, elle reste encore fragile.

L'Église catholique française a commandé cette enquête indépendante en 2024 à la suite d'examens internes débutés en 2021. Un chapitre général prévu en octobre 2026 abordera la mise en œuvre des réformes en coordination avec les autorités ecclésiastiques. Ce scandale s'ajoute à une liste croissante d'accusations d'abus qui ont ébranlé l'Église catholique en France ces dernières années, suscitant de nouveaux appels à la transparence et à la responsabilité au sein des institutions religieuses.

Les enquêteurs ont souligné que le rapport doit servir de feuille de route pour une réforme institutionnelle, la congrégation s'engageant à étudier, prioriser et mettre en œuvre toutes les recommandations. Cette affaire met en lumière les dangers particuliers des communautés religieuses isolées où une autorité non contrôlée peut conduire à des abus systématiques dissimulés aux regards extérieurs pendant des décennies.

Sources: 20 Minutes, France 24, RCF, Info Chrétienne, Église Catholique en France