Le président Donald Trump a déclaré au quotidien britannique The Telegraph qu'il envisageait «absolument» de retirer les États-Unis de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, qualifiant l'alliance défensive occidentale vieille de 77 ans de «tigre de papier» ayant dépassé son utilité. Ces déclarations, publiées mardi, représentent la menace la plus directe jamais formulée par un président américain en exercice à l'encontre de l'architecture de sécurité transatlantique qui constitue le socle de la défense occidentale depuis 1949.
La frustration de Trump se concentre sur ce qu'il décrit comme une absence totale de soutien de la part des 31 autres pays membres de l'OTAN pour la campagne militaire en cours contre l'Iran. Les États-Unis et Israël ont lancé des frappes conjointes contre des cibles iraniennes à partir du 28 février, une décision prise sans consulter les alliés de l'OTAN au préalable. Le président a exprimé son indignation face à des pays qui dépendent depuis longtemps de la protection militaire américaine mais refusent de se tenir aux côtés de Washington dans ce qu'il a caractérisé comme un combat contre le principal État soutenant le terrorisme dans le monde.
La réaction des alliés européens a été rapide et cinglante. L'Espagne a fermé son espace aérien aux avions militaires américains et bloqué l'utilisation des bases américaines sur son territoire pour les opérations liées à la campagne iranienne. Le ministre allemand de la Défense a publiquement déclaré que ce conflit n'était «pas notre guerre», reflétant un sentiment largement partagé sur le continent selon lequel les frappes étaient unilatérales et ne déclenchaient pas les obligations de défense collective inscrites dans le traité fondateur de l'OTAN. La France et plusieurs autres États membres ont adopté des positions similaires, créant une fracture sans précédent au sein de l'alliance.
Trump devrait intensifier ses critiques à l'égard de l'OTAN lors d'une allocution télévisée à la nation prévue mercredi soir en heure de grande écoute. Des responsables de l'administration ont indiqué que le président comptait exposer ce qu'il considère comme des décennies de parasitisme de la part des nations européennes et affirmer que l'alliance ne sert plus les intérêts stratégiques américains. Ce discours est présenté comme un moment charnière dans la réévaluation globale des engagements historiques des États-Unis à l'étranger.
Cependant, toute tentative de retrait formel de l'OTAN se heurte à d'importants obstacles juridiques. Une loi adoptée par le Congrès en 2023 exige l'avis et le consentement du Sénat, ou un acte du Congrès, avant que les États-Unis ne puissent quitter l'alliance. Des constitutionnalistes ont souligné que Trump pourrait tenter d'invoquer l'autorité présidentielle en matière de politique étrangère pour contourner cette exigence, mais une telle démarche déclencherait presque certainement un recours juridique immédiat et une crise constitutionnelle d'une ampleur historique.
La perspective d'un départ américain de l'OTAN soulève des questions existentielles sur l'avenir de la défense collective occidentale. Pendant près de huit décennies, l'alliance a servi de pierre angulaire de la sécurité européenne et de moyen de dissuasion contre les agressions de puissances hostiles. Les diplomates et les responsables militaires des deux côtés de l'Atlantique avertissent que la simple évocation sérieuse d'un retrait affaiblit la crédibilité de l'alliance et enhardit les adversaires, indépendamment de la décision finale du président.
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