La publication de plus de 3,5 millions de pages de documents sur Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice le 30 janvier 2026 a déclenché une tempête politique en France, avec des révélations impliquant d'anciens ministres, des personnalités culturelles, et soulevant des questions sur un potentiel financement étranger de partis politiques. Cette divulgation sans précédent a poussé La France Insoumise à réclamer une commission d'enquête parlementaire transpartisane.
Parmi les révélations les plus accablantes figure celle concernant l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, 86 ans, et sa fille Caroline. Les documents révèlent que Caroline Lang a cofondé une société offshore appelée Prytanee LLC avec Jeffrey Epstein en 2016, enregistrée dans les îles Vierges américaines. La société, dont l'objet déclaré était l'achat d'œuvres d'art, a reçu 1,4 million de dollars de dépôts. Caroline Lang détenait la moitié des parts via le « Pierre Trust » et a admis à Mediapart avoir été « d'une naïveté confondante » et n'avoir pas déclaré la société au fisc français.
Fait peut-être le plus frappant, Caroline Lang apparaît dans un testament financier signé par Jeffrey Epstein deux jours avant sa mort en 2019, avec un héritage promis de 5 millions de dollars, une somme dont elle affirme n'avoir pas eu connaissance. De plus, des échanges d'emails de mars 2015 révèlent Jack Lang négociant la vente d'un riad à Marrakech appelé « Ksar Masa », l'ancien ministre répondant sur les conditions financières : « le prix est de 5 400 000 euros, offshore ».
Jack Lang a publié un communiqué à l'AFP déclarant qu'il « assume pleinement les liens » qu'il a créés avec Epstein « à une époque où rien ne laissait supposer qu'il pouvait être au cœur d'un réseau de criminalité ». Sa fille Caroline a démissionné de son poste de déléguée générale du SPI (Syndicat de la Production Indépendante).
L'ancien ministre de l'Économie Bruno Le Maire se retrouve au centre de révélations tout aussi troublantes. Les documents montrent qu'Olivier Colom, ancien conseiller diplomatique du président Nicolas Sarkozy, a orchestré des échanges d'emails en 2013 sollicitant Epstein pour « any ideas » (des idées) afin d'aider Le Maire à « raise money » (lever des fonds) pour une future campagne. Selon des sources proches de Le Maire citées par Sud Radio, Colom l'a invité dans une maison à New York en septembre 2013 pour une rencontre avec des représentants du monde des affaires, sans révéler à qui appartenait la maison. En rencontrant Epstein, Le Maire aurait senti qu'il était tombé dans un piège et serait parti rapidement.
Dans un email de mai 2018 au mathématicien et alors député Cédric Villani, Epstein écrivait : « J'ai réalisé que Bruno Le Maire avait été dans ma maison de New York et je me demandais si tu pouvais lui transmettre une invitation pour qu'il vienne me voir à Paris. » Bruno Le Maire garde le silence sur ces révélations et n'a pas répondu aux sollicitations de la presse.
La correspondance d'Olivier Colom avec Epstein soulève de sérieuses préoccupations. L'ancien conseiller de Sarkozy a échangé des emails qualifiés de « salaces » et racistes avec le pédocriminel condamné. Dans un message, Epstein disait à Colom qu'il était sur son île des Caraïbes « avec un aquarium plein de filles ».
Les documents mentionnent également Marine Le Pen et le Rassemblement National indirectement. Un email de juillet 2018 du journaliste Michael Wolff à Epstein décrit une rencontre à Londres avec l'ancien stratège de Trump Steve Bannon, qui discutait du « refinancement » du RN avec Louis Aliot, alors décrit comme le mari de Le Pen. L'email suggère des discussions sur le financement des élections européennes de 2019, Wolff notant son inquiétude que « une bonne partie de l'argent du FN vient de Russie ». Le RN nie toute demande formelle de financement à Epstein.
D'autres personnalités françaises mentionnées incluent la banquière Ariane de Rothschild, le mathématicien Cédric Villani qui a échangé des emails avec Epstein en 2017, et le défunt Jean-Luc Brunel, l'agent de mannequins français qui figurait dans le trust d'Epstein de 2012 pour jusqu'à 5 millions de dollars. Brunel, qui a notamment révélé Sharon Stone, était décrit comme un « fournisseur » de mineures pour le réseau Epstein et s'est suicidé dans une prison française en 2022 alors qu'il attendait son procès pour viols.
Les documents confirment que la France était centrale dans les opérations d'Epstein. Le financier était un habitué de l'hôtel Bristol à Paris avant d'acheter un hôtel particulier avenue Foch, où il recevait de nombreuses mineures aux prénoms français et de nombreux invités français. Ses comptes HSBC à Paris ont été fermés en 2007 après la détection d'activités suspectes. Les plans de vol montrent des voyages à Nice, Marseille et Cannes avec des mineures.
Le 3 février 2026, le député LFI Antoine Léaument a annoncé la création d'une commission d'enquête parlementaire transpartisane pour examiner « ce qui peut relever du champ politique, du champ de l'ingérence, du champ des financements des partis politiques » liés à l'affaire Epstein.
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