Retour à l'accueil France 2 expose les opérations des services secrets algériens et l'enlèvement d'Amir DZ Monde

France 2 expose les opérations des services secrets algériens et l'enlèvement d'Amir DZ

Publié le 24 janvier 2026 388 vues

Le 22 janvier 2026, France 2 a diffusé un numéro spécial de son magazine d'investigation Complément d'enquête intitulé Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie. Présenté par Tristan Waleckx, ce documentaire examine ce que les autorités françaises décrivent comme la crise diplomatique la plus grave entre les deux nations depuis la guerre d'Algérie. Le programme révèle des opérations clandestines présumées menées par les services de renseignement algériens sur le sol français, notamment l'enlèvement d'un influenceur d'opposition, des réseaux d'espionnage au sein des ministères français et des campagnes de pression systématiques visant des élus français d'origine algérienne.

L'élément central de l'enquête est l'affaire Amir Boukhors, connu en ligne sous le nom d'Amir DZ, un influenceur franco-algérien suivi par plus de 1,1 million d'abonnés sur TikTok et critique virulent du régime algérien. Le 29 avril 2024, Boukhors a été enlevé près de son domicile dans le Val-de-Marne par un commando d'hommes se faisant passer pour des policiers français, équipés de faux brassards et de véhicules banalisés avec gyrophares. Après avoir été drogué de force avec des sédatifs et séquestré pendant environ 27 heures dans un conteneur dans une forêt de Seine-et-Marne, il a été inexplicablement relâché. Selon les enquêteurs français, le plan initial était de l'exfiltrer vers l'Espagne avant de le transporter en Algérie, mais l'opération a été abandonnée pour des raisons qui restent floues.

Le parquet national antiterroriste PNAT a depuis mis en examen sept personnes en lien avec l'enlèvement. Parmi elles figure Salaheddine Selloum, identifié par la DGSI comme un sous-officier de la DGDSE, le service de renseignement extérieur algérien, qui opérait à Paris sous couverture diplomatique en tant que Premier secrétaire à l'ambassade d'Algérie. Un employé du consulat d'Algérie à Créteil, Smail R., a également été arrêté malgré la possession d'un passeport de service, car il ne bénéficiait pas de l'immunité diplomatique complète. L'enquête a révélé un réseau sophistiqué impliquant ce que les procureurs décrivent comme trois catégories d'acteurs : les officiels algériens, les intermédiaires et les hommes de main recrutés localement.

Le documentaire révèle également l'affaire surnommée l'espion de Bercy, impliquant un ingénieur français du ministère des Finances recruté par les services de renseignement algériens. Selon le programme, ce fonctionnaire a transmis des informations sur une quinzaine d'opposants algériens vivant en France sur une période de deux ans. L'ingénieur aurait affirmé lors de son interrogatoire qu'il avait agi sous la contrainte, déclarant « Je ne les ai pas transmises de mon propre gré, j'avais une menace sur le dos ». Le réseau d'espionnage se serait étendu à une employée de l'OFPRA, l'agence française chargée de la protection des réfugiés et apatrides, qui aurait fourni des données sensibles ayant aidé les agents algériens à localiser leurs cibles, dont Amir DZ.

L'une des révélations les plus frappantes concerne des campagnes de pression présumées visant des élus français d'origine algérienne. Selon une note récente du contre-espionnage français obtenue par les journalistes, en novembre 2024, une conseillère municipale franco-algérienne de la région parisienne a été convoquée au consulat d'Algérie à Créteil pour un entretien de deux heures dans ce qu'elle a décrit comme une ambiance oppressante. L'agent lui aurait reproché d'avoir inauguré une plaque de rue en l'honneur du chanteur kabyle Lounès Matoub mentionnant uniquement sa qualité de Kabyle sans faire référence à la nationalité algérienne. Ce sujet est particulièrement sensible pour Alger, qui a classé le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie MAK comme organisation terroriste.

La conseillère a indiqué aux journalistes que l'agent algérien avait exigé une rectification et un changement de plaque. Face à son refus, elle a été avertie sur un ton menaçant qu'elle serait surveillée en raison de ses connexions politiques françaises. Elle a reçu des appels téléphoniques de suivi la pressant de revendiquer publiquement son attachement à l'Algérie. L'élue a confirmé au programme qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé, affirmant « il y a énormément d'élus locaux qui ont été approchés par les consulats ». Selon la note du contre-espionnage, le procédé vise à rappeler à ces élus qu'ils sont les enfants de l'Algérie et qu'ils ont un devoir vis-à-vis de leurs ancêtres de prendre parti pour l'Algérie.

Le documentaire replace ces événements dans le contexte plus large de la crise diplomatique déclenchée par la reconnaissance par le président français Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en juillet 2024. L'Algérie a répondu en retirant son ambassadeur à Paris avec effet immédiat. La situation s'est considérablement aggravée en 2025, l'Algérie expulsant 12 diplomates français et la France ripostant par l'expulsion de 12 diplomates algériens, tous identifiés par Intelligence Online comme membres de la DGDSE. La France a également rappelé son ambassadeur Stéphane Romatet d'Alger. Toute coopération bilatérale a été suspendue.

Le programme aborde également deux autres affaires emblématiques des tensions. L'écrivain Boualem Sansal, 81 ans, a été arrêté en Algérie en novembre 2024 et condamné à cinq ans de prison pour atteinte à l'unité nationale après des déclarations sur les frontières de l'Algérie. Il a finalement été gracié par le président Tebboune en novembre 2025 suite à l'intervention du président allemand Frank-Walter Steinmeier et est depuis rentré en France, où il est désormais candidat à l'Académie française. Parallèlement, le journaliste sportif français Christophe Gleizes, 36 ans, qui était en Algérie pour un reportage sur l'histoire du football des années 1980, a été condamné à sept ans de prison en décembre 2025 pour contact présumé avec un dirigeant de football affilié au MAK. Son appel a été rejeté et il a déposé un pourvoi en cassation.

Le documentaire examine également la stratégie plus large du régime algérien concernant les influenceurs. Le programme décrit comment les autorités algériennes ont officiellement annoncé la création du Réseau algérien des créateurs de contenus, une structure regroupant plus de 300 influenceurs. Le ministre de la Communication a déclaré que « les influenceurs sont une ligne de défense avancée dans la bataille de la conscience », liant explicitement la création de contenu numérique à la sécurité nationale. Ce vocabulaire martial traduit une conception des réseaux sociaux comme un terrain de confrontation stratégique où les créateurs de contenus deviennent des auxiliaires du récit du pouvoir politico-militaire.

À l'inverse, le régime a fait preuve d'une tolérance zéro envers les voix critiques. Le programme note que des influenceurs algériens de premier plan qui ont critiqué le gouvernement, notamment Boudjemline Farouk dit Rifka et Numidia Lezoul, ont été emprisonnés. Pour les figures de l'opposition comme Amir DZ, le traitement est encore plus sévère. Amir Boukhors fait l'objet de neuf mandats d'arrêt internationaux émis par l'Algérie et s'est vu accorder l'asile par la France en 2023 après son arrivée dans le pays en 2016.

L'équipe d'enquête, composée des journalistes Sébastien Lafargue, Baptiste Laigle, Vincent Buchy et Alexandru Sechilariu, a également interviewé Sabrina Sebaihi, députée écologiste et vice-présidente du groupe d'amitié France-Algérie à l'Assemblée nationale. Elle a déclaré n'avoir jamais été contactée par les services de renseignement algériens, ni en tant que parlementaire ni en tant qu'élue locale. Le programme a suscité une controverse lorsqu'il a été révélé que l'ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt, qui apparaissait dans la bande-annonce promotionnelle, était totalement absent de la diffusion finale, ce qui a conduit à des accusations de censure.

Le documentaire conclut en examinant la question fondamentale de savoir qui a initié cette crise et si elle peut être résolue. Les deux pays ayant rappelé leurs ambassadeurs, expulsé des diplomates et suspendu leur coopération, la relation entre la France et l'Algérie a atteint ce que de nombreux analystes décrivent comme son point le plus bas depuis 1962. La bataille des récits continue, chaque camp accusant l'autre d'ingérence et d'actions hostiles, tandis que des personnalités comme Amir DZ restent prises dans les tirs croisés de cette guerre du renseignement non déclarée.

Sources: France 2, Franceinfo, Le Journal du Dimanche, Le360, France 24, Jeune Afrique, Intelligence Online

Commentaires