Mars 2026 devait marquer le début d'une année de prospérité pour l'économie américaine, mais le mois s'est transformé en véritable cauchemar financier. Le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq ont tous enregistré leur cinquième semaine consécutive de baisse, la pire série depuis l'éclatement du conflit au Moyen-Orient. Lundi, le Dow a réussi à gagner 279 points, soit une hausse de 0,6 pour cent, tandis que le S&P 500 progressait timidement de 0,2 pour cent et que le Nasdaq reculait de 0,1 pour cent dans une séance partagée entre espoirs diplomatiques concernant l'Iran et inquiétudes persistantes.
La crise énergétique qui alimente cette dégringolade ne cesse de s'aggraver. Le baril de Brent a dépassé les 115 dollars, atteignant son niveau le plus élevé depuis la perturbation liée au conflit russo-ukrainien en juillet 2022. Le détroit d'Ormuz, artère vitale pour l'approvisionnement pétrolier mondial, reste gravement perturbé, avec environ 20 millions de barils par jour affectés par les hostilités. Ce choc d'offre s'est répercuté sur l'ensemble de l'économie, faisant grimper les coûts de transport, les intrants manufacturiers et les prix à la consommation.
Les anticipations d'inflation se sont considérablement détériorées. L'enquête de l'Université du Michigan sur les attentes d'inflation à un an a été révisée à la hausse, passant à 3,8 pour cent en mars contre une estimation précédente de 3,4 pour cent. Le taux d'inflation anticipé à cinq ans a grimpé de 26 points de base depuis le début du conflit, atteignant son plus haut niveau depuis février 2025. Ces chiffres témoignent d'une conviction croissante que les pressions sur les prix ne sont pas temporaires mais s'enracinent durablement dans les perspectives économiques.
Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a déclaré que les taux d'intérêt actuels restent appropriés compte tenu de l'environnement énergétique élevé. Il a reconnu que le conflit au Moyen-Orient continuera d'affecter les prix de l'essence et la dynamique inflationniste générale, sans toutefois signaler de changement imminent de politique monétaire. Son ton mesuré n'a guère apaisé des marchés déjà ébranlés par cinq semaines de ventes persistantes et une incertitude grandissante.
Sur le plan des entreprises, Alcoa a vu ses actions bondir de plus de 9 pour cent après que des frappes de missiles iraniens ont endommagé des infrastructures de production d'aluminium au Moyen-Orient, resserrant l'offre mondiale. Parallèlement, des gestionnaires d'actifs internationaux comme Allianz et Amundi ont commencé à couvrir activement leurs portefeuilles contre la stagflation, cette combinaison toxique de croissance atone et de hausse des prix que de nombreux économistes considèrent désormais comme le scénario le plus probable pour le reste de l'année 2026.
Le paysage politique intérieur ajoute une couche supplémentaire d'incertitude. Les employés de la TSA travaillent sans salaire depuis la Saint-Valentin en raison d'un bras de fer prolongé sur le financement du département de la Sécurité intérieure. Le président Trump a signé un décret autorisant le versement rétroactif d'urgence, mais le différend budgétaire sous-jacent demeure irrésolu. Ce spectacle d'employés essentiels privés de rémunération pendant des semaines a encore érodé la confiance des consommateurs déjà fragilisée par la hausse des coûts du carburant et de l'alimentation.
Les investisseurs font face à un environnement défini par le risque géopolitique, l'inflation persistante et une Réserve fédérale prise entre des pressions contradictoires. Les cinq semaines consécutives de pertes ont effacé les gains du début d'année qui avaient nourri l'optimisme. Avec un pétrole au-dessus de 115 dollars et aucune résolution du conflit en vue, la question n'est plus de savoir si mars a tout changé, mais combien de temps durera cette spirale baissière.
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