Dans un jugement historique qui envoie un message clair sur les limites de la liberté d'expression en ligne, un tribunal de Paris a condamné lundi dix personnes pour cyberharcèlement envers la Première dame de France, Brigitte Macron, en raison d'une théorie conspirationniste aussi bizarre que totalement fausse affirmant qu'elle serait née homme. Les verdicts, allant de stages de sensibilisation obligatoires à des peines de prison, marquent l'un des premiers grands règlements de comptes juridiques pour ceux qui ont utilisé les réseaux sociaux comme arme pour propager de la désinformation malveillante sur une personnalité publique.
Les prévenus — huit hommes et deux femmes âgés de 41 à 65 ans — avaient publié ce que le tribunal a qualifié de contenus « particulièrement dégradants, insultants et malveillants », affirmant faussement que l'ancienne enseignante de 71 ans était en réalité née Jean-Michel Trogneux, qui est en fait le nom de son frère. La théorie conspirationniste, qui a gagné du terrain dans les cercles d'extrême droite et sur les réseaux sociaux, incluait également des accusations infondées liant l'écart d'âge de 24 ans entre Brigitte et le président Emmanuel Macron à la pédophilie.
Parmi les condamnés figure Delphine Jegousse, 51 ans, se présentant comme médium sous le nom d'Amandine Roy en ligne. Elle a écopé d'une peine de six mois pour avoir diffusé une vidéo YouTube de quatre heures en 2021 qui a contribué à propager les rumeurs auprès de dizaines de milliers de spectateurs. Un autre prévenu, Aurélien Poirson-Atlan, 41 ans, connu sous le pseudonyme de Zoé Sagan sur les réseaux sociaux, a reçu une peine de huit mois avec sursis.
Huit des prévenus ont reçu des peines de prison avec sursis allant de quatre à huit mois, tandis qu'un neuvième homme a été condamné à six mois de prison ferme en raison de son absence à l'audience. Plusieurs prévenus ont affirmé lors du procès que leurs publications étaient destinées à l'humour ou à la satire, une défense que le tribunal a clairement rejetée. Un prévenu, le galeriste Bertrand Scholler, a publiquement critiqué le verdict et annoncé son intention de faire appel.
Brigitte Macron elle-même n'a pas comparu aux audiences du procès en octobre, mais sa présence planait sur les débats. Dans ses déclarations aux enquêteurs, elle a révélé que la théorie conspirationniste transgenre l'avait « fortement affectée », elle et ses proches. Sa fille Tiphaine Auzière a témoigné de la « dégradation » de la vie de sa mère, décrivant comment le harcèlement avait touché toute la famille.
« Le plus important, ce sont les stages de prévention et la suspension de certains comptes » des auteurs, a déclaré Jean Ennochi, avocat de Brigitte Macron, après le prononcé du verdict. La Première dame avait précédemment déclaré avoir engagé cette action en justice pour « donner l'exemple » contre le harcèlement en ligne.
Ce jugement parisien intervient alors que les Macron poursuivent leur bataille juridique contre la désinformation en ligne sur plusieurs fronts. Le couple a également déposé une plainte en diffamation aux États-Unis contre la podcasteuse de droite Candace Owens, qui a amplifié les mêmes fausses affirmations auprès de ses millions d'abonnés.
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