Le Congrès péruvien a voté mardi la destitution du président par intérim José Jeri après seulement quatre mois au pouvoir, plongeant le pays sud-américain dans une crise politique encore plus profonde. Les parlementaires ont approuvé la motion de censure avec 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, faisant de Jeri le septième président en environ une décennie à être contraint de quitter le pouvoir. Cette éviction a été déclenchée par le scandale dit du Chifagate, qui a éclaté le mois dernier après que des médias péruviens ont diffusé des images vidéo montrant Jeri lors de réunions secrètes nocturnes avec un homme d'affaires chinois dans un restaurant de Lima.
Le scandale tire son nom du terme argotique péruvien chifa, qui désigne les restaurants chinois omniprésents dans le paysage culinaire du pays. Les images de caméras de surveillance ont révélé que Jeri était arrivé à l'établissement vêtu de manière décontractée, portant notamment un sweat à capuche qui dissimulait partiellement son visage, dans une tentative apparente d'éviter d'être reconnu. Les rencontres avec l'homme d'affaires chinois Zhihua Yang, propriétaire de commerces et détenteur d'une concession pour un projet énergétique au Pérou, n'avaient jamais été déclarées dans l'agenda présidentiel officiel comme l'exige la loi. Un troisième homme d'affaires, Jiwu Xiaodong, placé en résidence surveillée pour des activités présumées illégales, aurait également été présent lors de l'une des réunions.
Jeri, un politicien de droite qui occupait précédemment la présidence du Congrès, avait accédé à la présidence en octobre 2025 après que sa prédécesseure Dina Boluarte avait été également destituée face à une crise sécuritaire grandissante. Boluarte elle-même avait succédé à Pedro Castillo, écarté en décembre 2022 après avoir tenté de dissoudre le Congrès. Cette valse des présidents est devenue une caractéristique de la politique péruvienne, le pays ayant désormais connu son huitième chef d'État en autant d'années, sapant la stabilité institutionnelle et la confiance de la population envers le processus démocratique.
Au-delà de l'affaire du Chifagate, Jeri faisait face à des accusations supplémentaires, notamment des allégations d'agression sexuelle remontant à décembre 2024 et des interrogations sur des rencontres avec des femmes ayant ensuite obtenu des contrats publics. La députée Ruth Luque a déclaré lors du débat parlementaire que le pays avait besoin d'un leadership centré sur l'intérêt général et la sécurité, rejetant les administrations marquées par des intérêts cachés et des réunions secrètes. Le vote de censure ne nécessitait qu'une majorité simple, contrairement au seuil de 87 voix requis pour une procédure formelle de destitution.
Après l'éviction, Fernando Rospigliosi, l'actuel président du Congrès, a refusé d'assumer la présidence de la République comme le prévoit la succession constitutionnelle. Les législateurs ont annoncé qu'ils éliraient un nouveau président du Congrès mercredi soir, lequel deviendrait automatiquement chef de l'État par intérim. Le nouveau dirigeant exercera ses fonctions jusqu'au 28 juillet 2026, date à laquelle le pouvoir sera transféré au vainqueur de l'élection générale prévue le 12 avril.
Malgré l'instabilité politique chronique, l'économie péruvienne a fait preuve d'une résilience remarquable avec une croissance de 3,4 pour cent en 2025. Toutefois, les analystes préviennent que les changements constants de leadership ont entravé les efforts pour répondre aux problèmes urgents, notamment la hausse de la criminalité et de l'insécurité qui sévissent dans le pays ces dernières années. Les élections d'avril représentent ce que beaucoup de Péruviens espèrent être une occasion de briser le cycle des destitutions présidentielles et d'installer un dirigeant capable d'achever un mandat complet.
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