La 56e réunion annuelle du Forum économique mondial s'ouvre cette semaine à Davos, en Suisse, rassemblant près de 3 000 participants des secteurs des affaires, gouvernementaux et de la société civile sous le thème de favoriser le dialogue dans un monde de plus en plus fracturé. Le président Donald Trump dirige la plus grande délégation américaine jamais envoyée à ce rassemblement d'élite, tandis que les inégalités mondiales croissantes et l'érosion de la confiance dans les institutions jettent une ombre sur les travaux.
Le sommet de quatre jours, qui se déroule du 21 au 24 janvier, marque des changements de direction significatifs au sein du forum lui-même. Le fondateur Klaus Schwab, qui a organisé la première réunion de Davos il y a 55 ans, s'est retiré à la suite d'une enquête sur des allégations d'inconduite dont il a ensuite été blanchi. Le PDG de BlackRock, Larry Fink, et le vice-président de Roche, Andre Hoffman, servent désormais de coprésidents, guidant l'organisation vers une nouvelle ère.
L'intelligence artificielle domine l'agenda économique, avec le PDG de Nvidia, Jensen Huang, qui fait sa première apparition aux côtés d'un rassemblement sans précédent de leaders technologiques. Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, et le PDG de DeepMind, Demis Hassabis, figurent parmi les quelque 850 dirigeants d'entreprises présents. Les discussions porteront sur le développement de l'IA tout en gérant les risques liés à l'emploi, à l'éthique et aux inégalités croissantes.
La participation du président Trump marque sa troisième visite à Davos en tant que président et intervient dans un contexte de tensions mondiales accrues. Son administration a annoncé qu'environ six secrétaires de cabinet l'accompagneront, et il devrait prononcer un discours mercredi sur l'accessibilité au logement. La délégation américaine arrive alors que les alliés européens restent méfiants suite aux nouveaux tarifs douaniers et à la pression continue sur le Groenland, les représentants du gouvernement danois ayant notamment décliné leurs invitations.
Le contexte de concentration extrême des richesses a suscité de vives critiques de la part des groupes de défense. Oxfam a publié des données montrant que la richesse des milliardaires a augmenté de 16 pour cent l'année dernière, trois fois plus vite que les moyennes historiques, atteignant plus de 18 000 milliards de dollars. L'organisation a noté que cette augmentation de 2 500 milliards de dollars suffirait à elle seule à éradiquer l'extrême pauvreté 26 fois, alors que près de la moitié de la population mondiale continue de vivre dans la pauvreté.
La confiance dans les institutions mondiales a atteint des niveaux critiquement bas selon une nouvelle enquête Edelman menée auprès de 34 000 personnes dans 28 pays. Près de 70 pour cent des répondants estiment que les dirigeants institutionnels induisent délibérément le public en erreur, le PDG Richard Edelman avertissant que les gens se retirent du dialogue et privilégient le nationalisme à la coopération mondiale. Des manifestants se sont rassemblés devant le lieu de la conférence avec des banderoles s'opposant aux profiteurs de guerre et des panneaux qualifiant l'événement d'échec économique mondial.
Malgré les tensions, le rassemblement accueillera une liste impressionnante de dirigeants mondiaux, notamment les présidents de l'Argentine, de la France, de l'Indonésie, de la Syrie et de l'Ukraine, ainsi que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le vice-premier ministre chinois He Lifeng. L'objectif déclaré du forum de promouvoir un esprit de dialogue fait face à son test le plus difficile alors que les participants naviguent entre différends commerciaux, conflits géopolitiques et questions fondamentales sur l'avenir de l'ordre économique mondial.